Déficit en aromatase

Le déficit en aromatase est une pathologie autosomique récessive rare (une vingtaine de cas décrits) (Belgorosky) qui entraine un taux anormalement élevé d’androgènes et un déficit en œstrogènes chez la mère et le fœtus. Il est lié à des mutations du gène CYP19A1 qui fait partie de la « superfamille » des cytochromes P450  (Forest).  Il se manifeste par une virilisation progressive et importante de la mère pendant la grossesse (quel que soit le sexe du fœtus) disparaissant rapidement après la naissance et par une virilisation des OGE des fœtus féminins.

En effet, l’aromatase (œstrogène synthase) est l’enzyme qui permet la conversion des androgènes en œstrogènes. Normalement, la surrénale fœtale, dépourvue de toute une série d’enzymes, produit des androgènes sulfates de la voie Δ5 (DHAS et 16 OH DHAS), que le placenta transforme en androgènes actifs de la voie Δ4 puis en œstrogènes (Œstrone, Œstradiol et Œstriol)  grâce à l’aromatase placentaire. Ces œstrogènes passent chez la mère qui a ainsi pendant la grossesse des taux très élevés. En cas de déficit en aromatase, le placenta (qui a le même génome que le fœtus) ne convertit plus les androgènes actifs (Δ4 androstènedione et Testostérone) en œstrogènes et ces androgènes passent chez la mère et le fœtus et les virilisent tous les 2 (Forest).

Le diagnostic peut être évoqué pendant la grossesse en cas de virilisation de la mère puis à la naissance devant la virilisation des OGE des petites filles atteintes. Le bilan hormonal doit alors rapidement être fait chez la mère et l’enfant car il peut se normaliser rapidement après la naissance (Belgorovsy). Ensuite, seule l’étude du gène permettra d’affirmer le diagnostic.

Chez l’adolescente atteinte, le déficit en aromatase se manifeste classiquement  par un impubérisme (Conte) et une  aménorrhée primaire, ainsi qu’une masculinisation des OGE (Belgorosky). L‘âge osseux est retardé et les ovaires peuvent être multi kystiques (Conte). Dans le plasma, les œstrogènes sont effondrés, la testostérone est élevée et les gonadotrophines (LH et FSH) sont modérément élevées (Conte). Une hormonothérapie substitutive est indiquée.

Des formes plus atténuées existent : début de développement mammaire chez une enfant ayant une virilisation des OGE ou impubérisme alors que les OGE sont faiblement masculinisés (Lin).

 

Références bibliographiques:

Belgorosky A, Guercio G, Pepe C, Saraco N, Rivarola MA. Genetic and clinical spectrum of aromatase deficiency in infancy, childhood and adolescence. Horm Res. 2009;72(6):321-30.

Conte FA, Grumbach MM, Ito Y, Fisher CR, Simpson ER. A syndrome of female pseudohermaphrodism, hypergonadotropic hypogonadism, and multicystic ovaries associated with missense mutations in the gene encoding aromatase (P450arom). J Clin Endocrinol Metab. 1994 Jun;78(6):1287-92.

Forest MG, Nicolino M [Female pseudohermaphroditism] in Progrès en Pédiatrie 18, Endocrinologie périnatale, 2005, p 255-264

Lin L, Ercan O, Raza J, Burren CP, Creighton SM, Auchus RJ, Dattani MT, Achermann JC. Variable phenotypes associated with aromatase (CYP19) insufficiency in humans. J Clin Endocrinol Metab. 2007 Mar;92(3):982-90.